dimanche 17 mai 2026

«Manger est un engagement» : face au fascisme, des banquets de pasta pour dire basta

 Actualité débordante côté politisation des assiettes : la cuisinière et artiste Floriane Facchini et la scène nationale de Cavaillon font revivre pour la première fois en France l’histoire méconnue d’une recette italienne dans un étonnant banquet qui circulera de Marseille à Calais.

Floriane Facchini à Marseille, en 2025.

                                                                   Floriane Facchini à Marseille, en 2025. (Yohanne Lamoulère/Tendance Floue)

 Par Ève Beauvallet, envoyée spéciale à Cavaillon (Vaucluse) Publié le 16/05/2026 à 16h54

 Prudence, peuple d’extrême droite, prudence au parmesan, au beurre et au blé. Si vous dégustez les pâtes in bianco préparée par Floriane Facchini, il n’est pas impossible que, par un phénomène de transsubstantiation socio-magique, vous deveniez démocrate et humaniste. Et il n’est pas impossible que vous y preniez goût.

Alors que pullulent depuis cinq ans sur le territoire les grands gueuletons franchouillards identitaires et «conviviaux» du Canon Français, adoubés par le milliardaire identitaire Pierre-Edouard Stérin, où saluts nazis et insultes racistes se débrident entre deux bouchées de pâté de tête, Floriane Facchini et ses gourmets humanistes ressortent des fourneaux une vieille recette de pâtes révoltées pour une contre-attaque poétique, inclusive, riche en histoire sociopolitique. Elle nous vient de nos voisins italiens, qui savent de quoi ils parlent en matière de fascisme, et sera cuisinée pour la première fois en France, le 19 mai à Cavaillon lors d’un grand banquet fédérateur (accessible pour 3 à 22 euros).

Un livre de cuisine facho

Depuis plusieurs mois, des habitants de cette ville du Vaucluse et alentours peuvent s’inscrire à des ateliers de cuisine pas comme les autres. Ils y apprennent les rudiments de la fabrication de la pasta fresca, pratique ancestrale élevée au rang d’art sacré en Emilie-Romagne, où des générations d’artisanes (les sfogline) se transmettent les manières d’étaler la pâte à la main, armées d’un rouleau à pâtisserie (matarello) et d’une planche en bois (spianatoia), jusqu’à obtenir des feuilles de pâte soyeuse (sfolglia) qui servent de base aux plats emblématiques de la région. Entraînés par Floriane Facchini, artiste culinaire romaine installée en France, arrière-petite-fille de sfoglina, les participants deviennent dans le même mouvement les artisans et passeurs d’une curieuse histoire de résistance encore méconnue en France.

Des membres d'un groupe de défense des femmes, près de Modène, pendant la Résistance italienne.

Des membres d'un groupe de défense des femmes, près de Modène, pendant la Résistance italienne. (DR)

L’Italie a pour spécificité d’avoir développé dans la première moitié du XXe siècle un fascisme et un antifascisme culinaire. Mussolini avait tenté de faire interdire les pâtes, au profit du riz – et donc du risotto – qui a même eu droit à sa fête nationale le 1er novembre. Il envoyait ses émissaires espionner jusque dans les osterie pour fliquer le contenu des assiettes. Le Manifeste de la cuisine futuriste de Tommaso Marinetti, bible facho de l’époque, annonce le projet sans grande ambiguïté en sous-titrant simplement «Contre les pâtes». L’un des arguments est géopolitique puisque le Duce visait l’autarcie alimentaire et que l’Italie ne produisait pas assez de blé.

Aussi, à l’époque, la pasta est loin d’être un plat national. On mange principalement de la polenta au Nord du pays, du pain, des légumes des olives au centre. Seule la région de Naples les cuisine depuis des lustres et les mange à la main, dans la rue. On doit aux immigrés italo-américains d’en impulser la mode sur l’ensemble du territoire dès les années 20. Et voici l’autre argument, de nature symbolique cette fois : les pâtes véhiculeraient une image de l’Italien à bannir, en rendant les hommes gros, lents, impuissants et pacifiques, à l’inverse du prototype de l’homme nouveau promu par l’Italie mussolinienne. Le projet ne prendra jamais : les Italiens, qui mouraient de faim, adorent ce plat tout juste en vogue, facile à cuisiner, et qui cale.

Des «breuvages de lutte» à l’apéro

Le 25 juillet 1943, l’annonce de la destitution de Mussolini par le roi d’Italie est accueillie avec une joie immense dans de nombreuses familles, dont celle des Cervi, des paysans antifascistes très actifs dans la lutte. Avec d’autres, ils organisent spontanément une distribution gratuite de pâtes à tous les habitants sur la place du village de Campegine, près de Reggio Emilia. Au menu de la victoire : 380 kilos de pasta in bianco. Beurre, parmesan, sans sauce. Les représailles seront tragiques : tous les fils Cervi sont abattus. Le père de la famille, Alcide, en fera un livre, I Miei Sette Figli («Mes sept fils») (1956), devenu un classique de la littérature antifasciste. Depuis, d’autres livres ont paru sur la politisation des assiettes italiennes à l’instar de Partisans à table. Histoires de nourriture résistante et recettes de liberté, de Lorena Carrara et Elisabetta Salvini, en 2020.

Lorsque, voici deux ans et demi, Floriane Facchini s’est penchée sur cette histoire, elle était loin d’en soupçonner les ramifications actuelles. Car la distribution des pâtes à l’occasion de la journée de la Libération le 25 juillet perdure encore, mais pas seulement à l’Institut Alcide Cervi de Gattatico (Reggio Emilia). Un réseau de producteurs de pâtes antifascistes a été créé, organisant une série d’événements dans les villes et villages de toute l’Italie, notamment depuis l’accession au pouvoir de Giorgia Meloni.

En 2019, une municipalité de la Lega, Mirandola (province de Modène), a même voulu retirer son soutien à la manifestation sous prétexte qu’elle serait non inclusive puisqu’elle exclut les fascistes. En 2023, ce sont des troubles à l’ordre public qui sont invoqués par la maire de Rosà (Vicente) Elena Mezzalira pour faire interdire une pastasciutta. «Le mot “antifasciste” est en train d’être détourné de son sens en Italie, déplore Floriane Facchini. Avec ce banquet, je tente d’en réenchanter la symbolique, et de montrer à quel point manger est un engagement.»

La famille Cervi avec au centre les parents, Alcide et Genoeffa.

La famille Cervi avec au centre les parents, Alcide et Genoeffa. (DR)

Depuis, les banquets de résistance ont essaimé hors des frontières, en Espagne, et même aux Etats-Unis. Quand Floriane Facchini s’est aperçue qu’il n’en existait encore aucun en France, elle a voulu rendre hommage à la famille Cervi, mais à sa sauce. La première pastasciutta française sera un ovni coincé quelque part entre le banquet de village en plein air et le rituel symbolique. L’assistance dégustera à l’apéro des «breuvages de lutte» à base de plantes sauvages cueillies sur les pentes des Apennins, montagnes où les résistants italiens se cachaient pendant la dictature, mais aussi en Provence : «du thym et du romarin symboles de force vitale, la lavande contre l’autoritarisme…»

Les pâtes rouges du grand-père

Les descendants des partisans, rencontrés par l’équipe artistique, raconteront par vidéo leurs luttes culinaires pendant que mijoteront les pâtes au milieu des gradins. Et le fascisme sera conjuré dans du beurre, du parmesan, et petite variante personnelle, dans de la sauce tomate : «Hommage à mon grand-père communiste, qui insistait pour que ses pâtes antifascistes à lui soient rouges.» On sera ici spectateur autant que mangeur, unis sur le parvis du théâtre de Cavaillon pour assembler nous-mêmes une table géante conçue sur-mesure : elle n’a pas de pieds et ne tiendra que par l’équilibre de tous les genoux humanistes de l’assemblée.

Dégustera-t-on ces pâtes résistantes aux côtés du préfet du Vaucluse et du maire de Cavaillon (DVD) ? Floriane Facchini comme l’équipe de la Garance, la scène nationale qui coproduit l’œuvre, l’espèrent – ils ont été invités. Côté élus locaux, aucun n’a tenté d’entraver la liberté d’expression des assiettes. Quelques-uns sont même complices et soutiens, à l’instar d’Etienne Klein, ancien maire de Châteauneuf-de-Gadagne et physicien, très sensible «à cette façon de rappeler à quel point manger n’est pas qu’un acte biologique mais aussi politique, symbolique… Un sujet évidemment repris par diverses forces sociales.»

Obsédé, comme beaucoup d’acteurs du Vaucluse, par la question des transitions, alimentaire et territoriale, il trouve «nécessaire que les récits autour de ces sujets ne soient pas uniquement abordés sous un angle technique et alarmiste. En cela, les artistes ont un vrai rôle à jouer.» Durant son précédent mandat, l’ancien maire a donc soutenu les nombreux autres projets portés par la Garance, hyperactive et avant-gardiste sur l’hybridation art/alimentation, ADN qui commence à faire la fierté du territoire.

La directrice de la scène nationale Chloé Tournier travaille main dans la main avec Floriane Facchini depuis plusieurs années. Les deux quadras partagent une même passion pour les problématiques alimentaires et une même foi dans le pouvoir inégalé de la cuisine pour fédérer des sphères d’activité qui, d’ordinaire, s’ignorent cordialement. Floriane Facchini cuisinait déjà pour des tablées de quinze personnes quand elle avait 10 ans et a financé ses études de théâtre en travaillant aux fourneaux des restaurants de Saint-Germain-des-Prés (VIe arrondissement) à Paris. De son côté, Chloé Tournier, après avoir rendu un mémoire universitaire sur les cuisines des lieux culturels, a travaillé comme attachée culturelle au Mexique et au Mali, où elle a repris un restaurant, avant de lancer le Maif Social Club et d’y lancer les curieuses «visites gustatives» d’exposition.

Inventer le repas de demain

Ensemble, sur le territoire du Vaucluse, elles ont fait naître Cucine(s), enquête sur les pratiques culinaires locales qui les a menées de marchés locaux en exploitations maraîchères jusqu’aux arrière-cuisines des appartements des voisins. Depuis 2025, elles ont réussi à embarquer des chercheurs en agro de l’Inrae, la cheffe étoilée Nadia Sammut, la direction des deux parcs naturels régionaux (Luberon et Alpilles), le collègue de la structure culturelle le Citron jaune et une quinzaine d’exploitations agricoles (en conventionnel comme en bio) dans le vaste projet de «recherche-action» A Tavola. Le but : inventer le repas de demain, depuis le Luberon et les Alpilles, deux massifs particulièrement touchés par le réchauffement climatique.

A Tavola est sans doute le lauréat le plus expérimental du programme national Erable (qui tente d’accompagner les collectivités locales dans la construction d’une «mise en récit de la biodiversité») et sera restitué lui aussi sous la forme d’un grand banquet fédérateur et science-fictionnel en mai 2027. Pour l’heure, les mangeurs humanistes pourront communier autour de la pastasciutta à Cavaillon, puis Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) ou Thionville (Moselle), deux berceaux de l’immigration italienne, mais aussi à Marseille ou à Calais, dans des institutions culturelles publiques passionnées de cuisine fédérées en un réseau original, Ça mijote !, lui aussi lancé par Chloé Tournier. Il n’a hélas pas la force de frappe financière du réseau de Pierre-Edouard Stérin.

«Manger est un engagement» : face au fascisme, des banquets de pasta pour dire basta – Libération


mardi 12 mai 2026

Enseignement dans la tourmente !

 Je me souviens des mouvements de grève des années 80 (j'étais enseignant à cette époque) et le slogan à la mode c'était : "Si l'enseignement coûte trop cher, essayez l'ignorance". Je crois que le flopée de ministres de l'enseignement qui se sont succédés depuis cette époque ont un peu suivi cette logique avec des réformes de plus en plus abracadabrantes... A moins que ... nos élus actuels qui louchent vers le trumpisme... voir ci-dessous 

La semaine qui vient sera-t-elle cruciale pour le monde de l’école ? - Le Soir


La connerie connectée de la semaine. L’école des cancres

 Vous honnissez l'intelligence artificielle et ceux qui répondent « je vais demander à ChatGPT » à chaque fois qu'ils n'ont pas la réponse à une question ? Vous ne pouvez plus vous voir en peinture les termes « automatisation » et « algorithme » qui se sont infiltrés partout ? Elon Musk, Peter Thiel, Mark Zuckerberg et tous leurs voisins de la Silicon Valley sont pour vous les vrais méchants de notre époque ? Alors vous êtes au bon endroit. Chaque semaine, Charlie décortique une info du merveilleux monde de la technologie.

Si vous détestez vos enfants et que vous souhaitez qu’ils ratent leur vie, les États-Unis ont, comme toujours, la solu­tion : l’Alpha School.

Ce réseau d’écoles privées, qui vise à essaimer un peu partout sur le territoire, s’appuie exclusivement sur l’intel­ligence artificielle générative pour ensei­gner à ses élèves. Et si, au premier abord, certains pouvaient trouver cela ­génial, voire prononcer l’affreux terme « disruptif », les gosses, eux, ne sont pas de cet avis. Forcément : les leçons sont truffées d’erreurs et les QCM qui servent de contrôle sont complètement illogiques. Pis, selon une enquête de 404Media, l’Alpha School a déployé une telle surveillance de masse dans ses locaux qu’elle angoisse les élèves, allant jusqu’à traquer leurs mouvements de souris. Des données qui sont ensuite partagées avec leurs parents – sans nul doute très fiers de voir que leur progéniture sait cliquer sur un lien. L’IA utilisée, quant à elle, s’appuie sur des cours accessibles en ligne qu’elle a, en toute illégalité, pillés puis recrachés n’importe ­comment. À se demander d’ailleurs pourquoi les parents déboursent chaque année jusqu’à 65 000 dollars pour cette école…

Mais qu’importe pour Linda ­McMahon, secrétaire à l’Éducation nommée par Trump, qui ne voit, elle, aucun problème à ce merdier et n’a de cesse de couvrir d’éloges ce qu’elle nomme « l’avenir de l’éducation ». Forcément (bis) : les enfants non éduqués deviendront de parfaits électeurs mani­pulables à souhait pour mettre en œuvre les plans de son maître.

 La connerie connectée de la semaine. L’école des cancres – Charlie Hebdo


dimanche 10 mai 2026

Oh my God !

 

"Donald Trump se prend pour Jésus... mais il ne comprend rien à la religion" : l'analyse de l'historien Matthew A. Sutton

Pour ce spécialiste de la droite religieuse américaine, les polémiques des dernières semaines témoignent d’une rupture sans précédent : pour la première fois dans l’histoire du pays, un président a basculé dans un registre ouvertement messianique.

Propos recueillis par  Baptiste Gauthey Publié le 23/04/2026 

Il fallait se connecter à la plateforme de streaming évangélique Great American Pure Flix pour voir et écouter, le 21 avril, le président américain lire un passage de la Bible. Une scène hautement symbolique, qui a offert à Donald Trump l’occasion de tendre la main à son électorat chrétien, contrarié ces dernières semaines par sa passe d’armes avec le pape et la publication, sur ses réseaux sociaux, d’une image générée par intelligence artificielle le représentant en Christ.

Pour l’historien Matthew Avery Sutton, spécialiste de la droite religieuse et auteur de Chosen Land (Basic Books, non traduit), une vaste fresque de plus de six cents pages consacrée à l’histoire des liens entre politique et religion aux Etats-Unis, cette séquence témoigne d’une évolution sans précédent. Pour la première fois dans l’histoire du pays, affirme à L’Express ce professeur à la Washington State University, un président a basculé dans un registre messianique : "Trump se démarque par un égo démesuré et une arrogance inouïe, sans commune mesure avec ses prédécesseurs". Entretien.

L’Express : Dans votre ouvrage paru en mars, vous écriviez que Donald Trump est revenu au pouvoir, en 2025, non pas comme un simple homme politique, mais comme un "messie autoproclamé". Depuis début avril, l’enchaînement des polémiques confirme-t-il votre analyse ?

Matthew A. Sutton : Tout à fait. L’un des aspects les plus marquants de la vie politique américaine est qu’elle est imprégnée de religion et de références religieuses. Je pense à l’idée d’un exceptionnalisme chrétien, selon laquelle les Etats-Unis seraient une nouvelle terre sainte, une nation élue à travers laquelle Dieu réaliserait ses desseins. Même si Donald Trump n’a rien d’un conservateur religieux, il a conscience de cela. C’est la raison pour laquelle il s’est toujours appuyé sur le soutien des électeurs croyants et conservateurs sociaux, et cherche constamment à s’adresser à eux en mobilisant un vocabulaire et une rhétorique religieuse. Parfois, il se trompe, et l’épisode de l’image générée par IA s’est clairement retourné contre lui.

“Ils le comparent à Cyrus...”

Comment expliquez-vous de tels faux pas ?

Il ne comprend simplement pas grand-chose à la religion. Lors de sa première élection, en 2016, certains disaient de lui qu’il était un "baby christian" dont la foi est appelée à mûrir. Plus personne ne tient ce discours aujourd’hui. Il est perçu comme un personnage grossier, amoral, égocentré, et les leaders chrétiens le présentent désormais comme une sorte de roi séculier dont Dieu se servirait pour sauver le pays, bien qu’il ne soit pas lui-même des leurs. Ils le comparent à Cyrus, ce roi de l’Ancien Testament qui libéra les Hébreux. Trump serait à leurs yeux l’outil de Dieu, l’instrument du salut des Etats-Unis. Cette grille de lecture leur permet d’évacuer ses grossièretés, son sexisme, sa rhétorique brutale, son langage cru… ils le tiennent pour un individu profondément imparfait, mais dont Dieu se servirait malgré tout pour agir à travers lui. Mais c’est précisément là qu’il se met en difficulté, quand il va trop loin, qu’il endosse l’identité du Christ lui-même. Sur la polémique de l’image générée par IA par exemple, nombre de ses soutiens religieux ont considéré qu’il avait franchi une

Le 21 avril, un enregistrement a été diffusé dans lequel Donald Trump a lu les versets 11 à 22 du chapitre 7 du deuxième livre des Chroniques de l’Ancien Testament. Pourquoi ce passage en particulier ?

C’est un passage auquel les protestants américains, et plus précisément les évangéliques, accordent une grande importance depuis longtemps. Notamment le verset 14, qui porte une charge politique particulière : "si mon peuple, sur qui est invoqué mon nom, s'humilie, prie et cherche ma face, et s'il se détourne de ses mauvaises voies - je l'exaucerai des cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays." A l’origine, c’est une promesse adressée à l’Israël antique. Dieu dit aux Hébreux que s’ils le servent, il récompensera leur nation, la protégera et la fera prospérer.

Depuis deux siècles, les Américains estiment que ce verset s’applique à leur pays. Ils l’extraient de son contexte vétérotestamentaire (NDLR ; qui est relatif à la doctrine de l’Ancien Testament) en considérant que si le peuple américain se soumet à Dieu, lui obéit et accomplit sa volonté – en Amérique du Nord comme à travers le monde -, alors Dieu bénira la nation. Le raisonnement est évidemment circulaire : la puissance militaire et économique des Etats-Unis est présentée comme la preuve que Dieu a béni le pays, renforçant par la même l’idée que cette prospérité découlerait de son identité chrétienne affirmée.

La thèse centrale de votre livre, c’est qu’il est impossible de comprendre l’histoire américaine si on ne connaît pas l’histoire du christianisme américain. Pourquoi ?

Il est connu que les Etats-Unis se sont dotés d’une Constitution très séculière : le Premier Amendement interdit tout établissement d’une religion d’Etat. Concrètement, cela signifie que l’argent public ne peut pas financer une confession particulière. Mais ce que je montre dans le livre, c’est que ce retrait de l’Etat du champ religieux a en réalité créé une forme de marché, au sein duquel les responsables religieux sont incités à aller chercher leur public. Ils devaient être pertinents, charismatiques, adaptables, divertissants, influents, faute de quoi les églises risquaient de se vider ! Rien d’étonnant donc, à ce que les leaders religieux américains comptent parmi ceux qui maîtrisent le mieux les nouvelles technologies et les outils de communication émergents.

Cette concurrence explique aussi pourquoi ils ont toujours cherché à peser sur la sphère politique, parce qu’en la modelant, ils y trouvent les protections dont ils ont besoin pour élargir leur audience, asseoir leur influence et consolider leur pouvoir. Résultat : bien que l’Eglise soit séparée de l’Etat, la domination protestante est telle que tout responsable politique d’envergure est contraint à s’aligner sur ce courant majoritaire. Rappelons que les Etats-Unis n’ont connu que deux présidents catholiques, et aucun juif, aucun laïc affirmé, aucun agnostique, aucun athée... C’est ce qui singularise les Etats-Unis, si on compare à d’autres pays comme la France, l’Allemagne, le Canada ou le Royaume-Uni.

Donald Trump n’est donc pas le seul politique américain à s’appuyer sur la religion ?

Oui, et d’ailleurs, lors de son premier mandat, il s’inscrivait encore dans la continuité classique d’une "religion civile", à l’instar d’un Ronald Reagan, d’un George W. Bush ou même d’un Barack Obama. Dans une formule célèbre, Abraham Lincoln a dit qu’il ne cherchait pas à savoir si Dieu était de son côté, mais à s’assurer qu’il était, lui, du côté de Dieu. Les dirigeants américains ont toujours eu cette ambition d’aligner leur action sur les préceptes et les idées bibliques. Mais Trump se démarque par un égo démesuré et une arrogance inouïe, sans commune mesure avec ses prédécesseurs. Dès le départ, il s’est d’emblée posé comme le seul homme capable de sauver l’Amérique.

“Trump se démarque par un égo démesuré et une arrogance inouïe.”

La véritable bascule a eu lieu après la tentative d’assassinat. Il a commencé par expliquer qu’il n’était qu’un instrument de Dieu, et que Dieu l’avait sauvé pour accomplir cette grande mission. Mais ces dernières semaines, il tente clairement de se présenter comme une figure messianique appelée à sauver l’Amérique : il s’identifie désormais à Jésus-Christ en personne. Il n’est plus l’instrument du sauveur, il est le sauveur. C’est sans précédent, et même ses soutiens religieux les plus fidèles ont du mal à l’accepter.

L’entourage religieux proche de Donald Trump n’appartient pas à la droite religieuse classique, mais à la New Apostolic Reformation (NAR), dont une des figures est Paula White, conseillère principale du Bureau de la Foi de la Maison-Blanche. Vous pouvez nous en dire plus ?

En 2016, au moment des primaires républicaines, les chefs de la droite religieuse traditionnelle étaient profondément divisés. La plupart n’appréciaient pas Donald Trump, et soutenaient plutôt Marco Rubio, Ted Cruz ou Jeb Bush. Or, je ne vous apprends rien en vous disant que Trump est très rancunier : si vous ne le soutenez pas dès le départ, il ne veut plus rien avoir à faire avec vous. En remportant l’investiture, il a ouvert la porte à une nouvelle génération de conseillers religieux, distincte de l’ancienne droite religieuse, celle des Jerry Falwell, Ralph Reed, Pat Robertson, James Dobson, qui avaient joué un rôle décisif sous George W. Bush.

“Si vous suivez ses commandements, vous finirez par conduire une Bentley et habiterez dans un manoir à Miami...”

De son côté, Donald Trump était plus familier des télévangélistes marginaux, comme Paula White. Il l’a repéré à la télévision, au début des années 2000, et il aurait été impressionné par ses émissions. Elle prêche la théologie de la prospérité : Dieu voudrait que chacun soit riche et en bonne santé, et si vous suivez ses commandements, vous finirez par conduire une Bentley et habiterez dans un manoir à Miami. C’est une théologie minoritaire, marginale, mais qui s’est retrouvée propulsée au cœur de la vie américaine par Donald Trump. Paula White a ensuite entraîné dans son sillage toute une galerie de télévangélistes bronzés, surmaquillés et vêtus de Gucci. On y trouve beaucoup de bonimenteurs, comme des guérisseurs par la foi. Ils sont persuadés que Dieu les a appelés à reprendre les grandes institutions du pouvoir américain et mondial, et œuvrent donc explicitement à la conquête du pouvoir.

Ces figures ont-elles joué un rôle important dans les succès de Trump et du mouvement MAGA ?

Oui, certainement, parce que leur force réside dans leur capacité à mobiliser les électeurs et à les amener aux urnes. D’autant plus que dans un environnement médiatique de plus en plus fragmenté, où tout dépend des algorithmes et de ce qui remonte dans votre fil X, Instagram ou Facebook, il est de plus en plus difficile d’atteindre les électeurs par les canaux classiques. Les figures religieuses parviennent à contourner les médias traditionnels. Elles organisent et mobilisent des gens qui, autrement, se désintéresseraient du vote. Le Parti républicain en a pris conscience sous Reagan, dans les années 1980. Depuis, c’est devenu si central dans son fonctionnement que certains se demandent même si ce ne sont pas plutôt les mouvements religieux qui se servent du Parti républicain, plutôt que l’inverse. C’est dire leur importance.

Est-ce que les polémiques des dernières semaines ont fragilisé son image auprès de sa base de croyants ?

Des fractures se dessinent. J’attendais cette rupture depuis longtemps, en espérant qu’elle se produise. Jusqu’ici, j’ai toujours été déçu, mais je pense que pour la première fois, les soutiens religieux de Trump voient son vrai visage. Ils se rendent compte qu’il instrumentalise la religion pour servir son pouvoir personnel, et que son objectif premier n’est pas la défense de leur cause. Ils voient enfin que les valeurs et les priorités de Donald Trump ne sont pas les leurs, et qu’ils n’ont été que d’efficaces auxiliaires, des pourvoyeurs de puissance.

Mais aux élections de mi-mandat, Donald Trump pourrait se prendre un retour de bâton. Ces évènements pourraient nourrir une dynamique plus large de sécularisation, notamment chez les jeunes générations, qui perçoivent une forme d’hypocrisie dans la manière dont Trump a instrumentalisé la foi authentique et sincère de ses supporters à des fins politiques. Il a peut-être précipité la fin de la droite religieuse. Du côté des conservateurs religieux, leur alliance avec Trump a tout l’air, rétrospectivement, d’un "pacte avec le diable".

 

"Donald Trump se prend pour Jésus... mais il ne comprend rien à la religion" : l'analyse de l'historien Matthew A. Sutton – L'Express

 

 


mercredi 18 mars 2026

Autant le savoir

 La nièce de Donald Trump, Mary L. Trump, qui est psychologue et une critique constante de son oncle, a avancé une interprétation très différente des raisons officielles de l’intervention américaine contre l’Iran.

1) Selon elle, la vraie raison serait personnelle et politique

Mary Trump affirme que la décision de lancer la guerre n’est pas motivée par la sécurité internationale ou la situation en Iran, mais par les problèmes personnels et politiques de Trump.

Elle a déclaré notamment :

• « Pour Donald, il n’y a qu’une raison : il est dans le pétrin et il le sait. »

Elle estime que la guerre sert à détourner l’attention et à éviter une humiliation politique ou judiciaire.

Selon elle, il ne s’agit pas seulement de changer le sujet médiatique :

« C’est pour empêcher le monde de voir à quel point il est incompétent et compromis. » 

2) Elle évoque aussi des pressions géopolitiques

Mary Trump soutient également que la guerre correspond aux intérêts de certains alliés régionaux :

• Israël

• l’Arabie saoudite

Elle affirme que Trump aurait engagé les États-Unis « à la demande de l’Arabie saoudite et d’Israël », mais seulement parce que cela coïncidait aussi avec son propre intérêt politique. 

3) Elle rejette l’argument officiel de « libérer l’Iran »

Mary Trump insiste sur un point :

elle ne croit pas que l’objectif soit d’aider le peuple iranien.

Elle explique que Trump n’a aucun plan pour créer les conditions d’un changement de régime ou d’une démocratisation. 

Voilà, voilà…


vendredi 26 décembre 2025

Lettre à Big Ass Hole

 Chair (à pâté) donald,

Quand on t’a vu arriver à la Maison-Blanche, lors de ton premier mandat, on a compris tout de suite que tu étais un con de stature internationale et tu n’as rien fait à ton second mandat pour prouver le contraire.

Tu es lâche, veule, sans scrupule et en plus tu es traître à ta patrie, quand tu as lancé les hordes de tes supporters attardés mentaux à l’assaut du Capitole, le Saint des Saint des États-Unis parce que tu ne voulais pas accepter ta défaite aux élections ; ce qui prouve que tu es un imbécile de première grandeur, et ça n’est pas quelque chose qui changer avec le temps. 

Ta gestion désastreuse de la guerre en Ukraine, est uniquement motivée par l’appât du gain et le but que tu t’es fixé de devenir l’homme le plus riche de la planète quelle qu’en soient les conséquences, tu n’as pas hésité à sacrifier le peuple ukrainien qui après  une résistance historique, se voit contraint de reculer,  par ton lâchage, face aux monstruosités de ton ami Putin , qui lui n’a aucun scrupules non plus à vouloir voir grandir son influence . 

Moi qui moi qui habite à quelques kilomètres d’un cimetière américain, où l’on peut voir une marée de Croix Blanche, sous lesquelles reposent de jeunes hommes américains venu ici pour éradiquer la barbarie nazie et qui ont donné leur vie pour cela. Et toi l’ordure, ce que tu fais, c’est de t’allier avec le nouveau monstre dont  l’ambition est de détruire ce qui lui résiste et asservir cette l’Europe dans le régime démocratique, lui donne des boutons. 

L’Amérique est une grande nation et toi tu la déshonores chaque jour un peu plus 😡

J’espère que les historiens, plus tard sauront te remettre à ta juste place… dans les poubelles de l’Histoire voire dans les chiottes

samedi 6 décembre 2025

Foot

 Les grands sauriens de l’ère des dinosaures avaient 2 cerveaux, un petit dans leur tête et un autre au bout de leur appendice caudal. 

Voilà la similitude avec les joueurs de foot de haut niveau ; un p’tit dans la tête et un plus gros dans les pieds. 

Je me demande si la taille du cerveau des supporters acharnés n’est pas ce qui les pousse à se serrer la ceinture pour s’acheter un onéreux ticket et des frais frais de voyage pour aller voir un bande de types qui courent après un ballon mais qui rentrent chez eux en Ferrari une fois la compétition terminée. 

mardi 23 septembre 2025

Kirk - en cours de béatification

 Charlie Kirk, influenceur conservateur américain, a été au cœur de nombreuses polémiques en raison de ses déclarations provocatrices sur des sujets sensibles comme les armes à feu, l'avortement, l'immigration, les droits civiques et les minorités. Voici un aperçu de ses déclarations les plus sulfureuses et de la controverse qui les entoure :

🔥 Déclarations controversées de Charlie Kirk

  1. Sur les armes à feu Il a affirmé que les décès par armes à feu étaient un « prix à payer » pour préserver le Deuxième amendement :« Je crois que cela vaut la peine, hélas, de déplorer chaque année un certain nombre de morts par arme à feu afin de pouvoir jouir du deuxième amendement. » Il a aussi proposé d’armer les enseignants pour protéger les élèves.
  2. Sur l’avortement Il a comparé l’avortement à l’Holocauste, allant jusqu’à dire que c’était pire :« Absolument que je le fais. En fait, c’est pire [les avortements] ! C’est pire ! » Il s’est aussi opposé à l’avortement même dans les cas de viol impliquant des enfants.
  3. Sur les Afro-Américains Il a attribué la criminalité dans les communautés noires à l’absence de figure paternelle, déclarant :« Chez les Afro-Américains, il est acceptable que l’homme demeure un enfant, féconde une femme et abandonne cette femme. »
  4. Sur les personnes transgenres Il a nié leur identité en affirmant :« Une femme est une adulte avec des chromosomes XX. »
  5. Sur l’islam et les maires musulmans Il a exprimé son malaise à l’idée de voir des villes comme New York ou Londres dirigées par des maires musulmans.

🧨 Réactions et conséquences

  • Assassinat et polémique : Charlie Kirk a été tué le 10 septembre 2025 lors d’un débat universitaire. Son meurtre a ravivé les tensions politiques et les critiques sur ses propos passés.3
  • Débat sur la responsabilité médiatique : Des journalistes ont été accusés d’avoir déformé ses propos, notamment Ivanne Trippenbach du Monde, ce qui a déclenché une vive polémique.
  • Suspension de Jimmy Kimmel : Le talk-show Jimmy Kimmel Live a été suspendu après des commentaires jugés déplacés sur l’assassinat de Kirk.
  • Réactions politiques : L’administration Trump a lancé une campagne de dénonciation contre ceux qui se seraient réjouis de la mort de Kirk, allant jusqu’à envisager des sanctions professionnelles et juridiques.5