L’écologie selon Marine Le
Pen ? Tout pour les fossiles et l’agriculture productiviste
Elle veut climatiser le pays et démonter les éoliennes, soutient les énergies fossiles, est muette sur les ravages de l’agriculture productiviste... Anti écologiste, Marine Le Pen défend la fuite en avant vers un monde inhabitable.
Jugée coupable, elle reste
malgré tout présidentiable. Finalement, Marine Le Pen sera bien la candidate du
Rassemblement national à l’élection présidentielle de 2027, et ce pour la
quatrième fois d’affilée.
Malgré sa condamnation en
appel, mardi 7 juillet, pour « détournement et complicité de
détournement de fonds publics » à hauteur de 2,8 millions
d’euros dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cheffe du
parti d’extrême droite a annoncé sa candidature quelques heures après sur le
plateau de TF1.
Condamnée à trois ans de
prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, une amende de
100 000 euros et quinze mois d’inéligibilité effective — une peine qu’elle
a déjà effectuée — la députée du Pas-de-Calais peut donc se présenter en 2027.
Exit l’option Jordan
Bardella, qui en cas de victoire, serait nommé Premier ministre. On ignore
toutefois quelle forme prendra la campagne et si la candidate portera bien un
bracelet électronique. C’est pour tenter d’y échapper qu’elle s’est pourvue en
cassation.
Une chose, en revanche, est
certaine : l’écologie ne sera pas au cœur de sa campagne. Si ses propos
sur le sujet ont un peu évolué depuis sa prise du parti en 2011, c’est
seulement pour gagner en crédibilité et parfaire son image. Bien qu’elle ne
remette plus explicitement en cause le consensus scientifique sur l’origine
humaine du changement climatique comme elle le faisait encore en 2012
dans Terra Eco, sa vision de l’écologie reste inchangée.
Une « écologie
nationale » fondée sur le localisme — qu’elle présente comme un
moyen de relocaliser la production, de consommer local et de protéger les
frontières — qui sert uniquement à promouvoir un projet nationaliste. Vide de
véritable contenu, cette vision n’est jamais accompagnée de propositions
précises, chiffrées ni structurantes. Un seul mot d’ordre : s’opposer
à « l’écologie punitive ». « Son objectif
est la défense de l’identité nationale. Elle développe une manière de percevoir
la question environnementale à travers ce schéma logique », observait
Bruno Villalba, auteur de L’écologie politique en France (éd.
La Découverte), en 2022.
Tout pour la clim
Dernier exemple en date avec
le fameux « plan clim », la solution magique de Marine Le
Pen pour supporter les fortes chaleurs. Évoqué pour la première fois en
juin 2025 sur
X, il a été remis en avant au moment de la canicule historique du mois de
juin.
Sauf que ce « grand
plan d’équipement pour la climatisation », censé aider écoles, Ehpad
et hôpitaux à faire face aux températures caniculaires, est très flou, jamais
détaillé ni chiffré. Aucun député RN interrogé sur le sujet n’a été
capable de donner plus de précisions. L’objectif était simplement de dénoncer
l’impréparation du gouvernement face aux canicules.
La position peut surprendre
alors qu’en 2022 lors du débat du second tour de l’élection présidentielle,
Marine Le Pen déclarait vouloir ralentir la transition écologique : « Il
faut qu’elle soit dans le temps, beaucoup moins rapide que ce que l’on impose
aux Français. »
Rebelote il y a seulement
trois ans, quand elle estimait dans Le Journal du dimanche que
le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec)
avait « toujours été très alarmiste ». En 2012, elle
qualifiait même ses membres « de prêtres et d’évêques du
changement climatique ».
La climatisation est donc la
seule proposition du Rassemblement national en matière d’adaptation des
bâtiments au chaos climatique. Marine Le Pen est ainsi opposée au Fonds vert,
l’un des principaux dispositifs destinés à adapter le pays avec par exemple la
rénovation énergétique des écoles. « Le Fonds vert exclut
expressément la climatisation, donc ça me pose un problème. Je pense qu’il y a
des structures plus efficaces et plus pertinentes à mettre en œuvre »,
disait-elle sur France Culture, mercredi 24 juin.
« Démonter les
éoliennes »
Et du côté de la baisse des
émissions de gaz à effet de serre, la seule solution pour Marine Le Pen, c’est
toujours plus de nucléaire. Lors de la campagne présidentielle de 2022, la
candidate avait promis une vingtaine de nouveaux réacteurs nucléaires, dont dix
dès 2031. Un scénario jugé irréaliste même par les plus ardents défenseurs de
l’atome.
Sur les énergies
renouvelables, toujours en 2022, elle assurait vouloir la suspension de la
construction d’éoliennes et le lancement « d’un grand chantier
pour les démonter » — elle estime qu’elles défigurent les
paysages français. Tous les experts, notamment le Réseau de transport
d’électricité (RTE), s’accordent pourtant à dire que le pays ne pourra pas
atteindre la neutralité carbone sans les énergies renouvelables. Elle soutient
également un moratoire sur le solaire.
Marine Le Pen et ses troupes
entendent surtout maintenir notre addiction aux énergies fossiles. En 2022,
elle proposait déjà de revenir sur l’interdiction de la recherche et de
l’exploitation des hydrocarbures en mer. Depuis de nombreuses années, elle promet
aussi d’abaisser la TVA sur le gaz, le fioul et le carburant afin de
protéger le pouvoir d’achat des Français. « Cette énergie, c’est
un bien de première nécessité, donc l’État doit faire un effort pour ne pas la
taxer », répétait-elle sur France Culture fin juin.
« Nous refusons la
propagande des gauches »
Pour ce qui concerne le
soutien à l’agriculture intensive dopée aux pesticides, Marine Le Pen n’est pas
en reste. La loi Duplomb, qui prévoit notamment la réintroduction d’un
pesticide interdit de la famille des néonicotinoïdes, a été adoptée par le
Parlement le 8 juillet grâce à son vote et ceux de ses députés.
Elle a tout de même fini par
soutenir la pétition historique (deux millions de signatures) qui visait à
exiger un débat au Parlement... car elle refusait que la propagande des
gauches puisse laisser imaginer à nos compatriotes que cette loi menace leur
santé et notre environnement », comme elle l’écrivait sur X deux
semaines plus tard.
Ces derniers mois, Marine Le
Pen a loupé toutes les occasions de protéger la santé et l’environnement des
Français. À l’Assemblée nationale, elle a récemment voté pour la loi d’urgence
agricole, vivement critiquée pour ses effets dévastateurs sur la biodiversité.
Elle aime les animaux mais est
muette sur l’élevage industriel
En revanche, la cheffe de
parti était absente lors des votes sur la loi interdisant les PFAS (des
polluants éternels dangereux pour la santé), celle visant à réduire
progressivement la teneur en cadmium dans les aliments, ou encore
celle destinée à financer la recherche sur les cancers pédiatriques. Et à
chaque fois, les députés de son parti ont voté contre.
Même logique concernant les
animaux. Celle qui ne cache pas son affection pour les chats se dit très
sensible à la cause animale. Si elle souhaite accorder une « reconnaissance
constitutionnelle au statut juridique des animaux » et renforcer
les peines liées aux infractions commises contre ces derniers, elle reste
muette sur la régulation de la chasse, l’élevage industriel et la pêche
intensive.
En revanche, la députée fait
de l’interdiction de l’abattage sans étourdissement (pratique rituelle liée aux
cultes musulmans et juifs) l’une de ses priorités. La preuve encore que chez
Marine Le Pen, l’écologie ne vise pas à protéger le vivant, mais sert avant
tout à défendre un projet nationaliste et identitaire.
On ne va pas vous le
cacher : à Reporterre, on est inquiets.
Entre la présence d’un climatodénialiste à la tête de la première puissance
mondiale, un gouvernement français qui flirte avec l’extrême droite, des
canicules qui s’enchainent dès le mois de mai… Faire vivre l’écologie dans le
débat public est un enjeu crucial.
Mais au milieu de la
tempête, Reporterre garde le cap.
Nous refusons de céder au sensationnalisme, à la panique et aux raccourcis.
Chaque jour, nous enquêtons, nous expliquons, nous documentons avec une ligne
claire : informer plutôt qu’enflammer les esprits.
Chez Reporterre,
il n’y a ni actionnaire, ni propriétaire, ni milliardaire : le média est à
but non lucratif. Nous sommes financés à 95% par 1,6% de nos lectrices et
lecteurs.
Concrètement, ça veut dire
que :
·
Personne ne modifie ce que nous publions.
·
Nous ne cherchons pas à capter votre attention mais à traiter les
sujets qui méritent votre attention.
· Nous pouvons laisser tous nos articles en accès libre pour toutes et
tous, sans conditions de ressources.
L’écologie
selon Marine Le Pen ? Tout pour les fossiles et l’agriculture
productiviste

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire