mercredi 15 juillet 2026

La vie en Ukraine sous les bombes

 

Quand je vois des politicards de m... qui nous disent que nous n'avons rien à faire avec l'Ukraine, ça me donne envie de vomir...

Que faire pour couvrir les attaques russes à Kyiv

Elsa

Responsable du développement d'audience

Cour Elsa

Chers lecteurs de Kyiv Independent,

C'est Elsa ici, responsable du développement de l'audience au Kyiv Independent. La semaine dernière, je vous ai envoyé un e-mail pour vous parler de la façon dont nous couvrons les attaques russes sur le moment. Je l'envoie à nouveau au cas où tu l'aurais manqué la semaine dernière.

Veuillez le lire. Les attaques russes deviennent de plus en plus fréquentes, et pourtant nos journalistes continuent de vous apporter les informations directement depuis Kyiv, qui viennent travailler après une nuit difficile d'explosions et très peu de sommeil. C'est grâce à leur travail que le monde reste informé de ce qui se passe ici en Ukraine.

Screenshots from the Kyiv Independent team chat on Slack

Captures d'écran de notre chat d'équipe sur Slack en juillet 2026.

Derrière chaque titre sur les attaques massives de la Russie contre Kyiv se cache une série de messages comme celui-ci sur Slack, l'application de messagerie de notre équipe. À une extrémité, nos journalistes à Kyiv, éveillés au milieu de la nuit chez eux ou dans un refuge. De l'autre, un membre de notre équipe Amérique du Nord, comme Abbey Fenbert, rédige la couverture de l'attaque et met à jour continuellement l'article sur notre site web.

Ces nuits sont devenues plus fréquentes. Mais derrière chaque article d'attaque se cache une équipe de journalistes, vidéastes et monteurs qui travaillent à mettre en lumière ces histoires avec très peu de sommeil.

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Je ne vais pas l'adoucir. Les attaques de missiles russes font peur. Je décrirais les explosions comme si quelqu'un claquait une porte métallique très lourde juste au-dessus de ta tête. À chaque missile, vous sentez vos murs, fenêtres, meubles, sol — ce que vous qualifieriez habituellement de solide — trembler et trembler.

L'abri le plus proche est un parking souterrain, plutôt qu'une station de métro profonde, donc je peux même sentir les vibrations dans les fondations en béton. Dans ce type d'abris, on entend les alarmes de voiture se déclencher dehors, les chiens qui aboient et les bébés qui pleurent. Parfois, il y a un moment de calme de quelques minutes ou une heure, puis les grondements tonitruants recommencent. Elles s'arrêtent généralement vers l'aube, quand on sort au son des oiseaux, à la douce lumière du matin et à la fumée qui s'élève des bâtiments en flammes.

Pour nous, au Kyiv Independent, ces attaques signifient que nous avons une journée de travail difficile à accomplir. C'est à nous de faire en sorte que notre public sache ce qui se passe à Kyiv dès le début d'une attaque. À la lumière du matin, nous avons trouvé l'emplacement des sites d'impact et nos journalistes — qui ne dorment presque pas — se dirigent vers la zone dès que le signal sonore est clair.

Certains membres de l'équipe à Kyiv travaillent déjà pendant que l'attaque se poursuit. « Nous faisons généralement un post sur les réseaux sociaux lorsque l'attaque commence », explique Liza Nechyporuk, responsable des réseaux sociaux.

« Ensuite, on commence à trier les photos et vidéos partagées en ligne, dont certaines de nos collègues, pour pouvoir faire un autre post d'ici la fin de l'attaque. Je fais défiler les réseaux sociaux de toute façon pendant une attaque, puisqu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire. »

Qu'est-ce que ça fait de regarder des images de sa propre ville attaquée pendant que vous travaillez ? « Je sais juste que ça doit être fait », soupire Liza. « Une fois que nous avons des images d'un de nos journalistes sur le site d'une attaque, nous les montons et les partageons aussi. J'essaie de dormir quelques heures entre les deux. »

En général, un journaliste et un vidéaste choisissent un site d'attaque à signaler, après avoir réduit la liste parfois déprimante.

En général, cela signifie se rendre à l'endroit le plus touché, explique la journaliste Tania Myronyshena . « À notre arrivée, nous regardons d'abord ce qui s'est passé, puis trouvons des personnes prêtes à partager leur expérience. »

« Je n'approche pas les personnes en grande détresse », explique Tania. « Je commence généralement par demander s'ils habitaient dans l'immeuble. D'après leur réponse et leur façon de parler, j'essaie de comprendre s'ils sont prêts à parler. »

« Parfois, les gens veulent vraiment raconter au monde ce qui leur est arrivé, ça les aide à libérer ce qu'ils ont en eux, ils veulent que le monde les entende. Si quelqu'un est clairement sous le choc, je lui exprime simplement ma sympathie et je pars. Je ne pousse jamais. »

Tania affirme que son objectif n'est pas d'obtenir une exclusivité, mais « de documenter les crimes de la Russie sans causer plus de tort à des personnes déjà souffrantes. »

C'est un travail épuisant — tant physiquement que mentalement. « Je plains tellement ces gens, lorsque j'interroge des personnes blessées ou dont la famille a été tuée », déclare la journaliste Yuliia Taradiuk, qui a visité 10 sites d'attaque au cours de l'année écoulée. « C'est difficile de dresser une barrière quand on parle à des gens qui ont tout perdu. »

Un autre journaliste, Jimmy Rushton, dit qu'il essaie de compartimenter. « Sinon, je n'aurais pas pu le faire. Mais ce n'est pas pareil quand votre propre quartier est touché », dit-il, en faisant référence à la frappe de mai sur le quartier historique de Podil. « C'est complètement différent quand c'est une rue que tu parcours tous les jours, les commerces où tu vas, et tes amis qui ont été blessés ou ont perdu leur maison. »

Pendant ce temps, d'autres journalistes sont de retour au bureau, scrutant les chaînes officielles à la recherche de nouvelles sur le bilan des morts, les dégâts aux entreprises et aux infrastructures, ainsi que des chiffres comme le taux d'interception de la défense aérienne en Ukraine. Lors de l'attaque de dimanche dernier, aucun missile balistique russe n'a été abattu en raison d'une pénurie d'intercepteurs.

Je suis toujours frappé par le fait que des gens arrivent à venir travailler après l'une de ces nuits. Mais d'un autre côté, c'est justement pour cela que nous sommes ici.

Notre couverture des attaques est souvent parmi les plus citées par les médias hors d'Ukraine. Alors que les grands médias internationaux réduisent leur couverture de l'Ukraine, ce sont nos reportages qu'ils consultent pour obtenir les dernières nouvelles sur la guerre. Savoir cela ne fait qu'approfondir notre responsabilité de faire des rapports depuis le terrain.

Nous travaillons dur pour que ces attaques contre Kyiv ne soient pas négligées. Nous pouvons continuer à travailler dans ces conditions grâce aux 34 000 membres venus du monde entier qui nous soutiennent. C'est grâce à eux que nous pouvons continuer.

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Elsa

Avec amour de Kyiv, et en espérant une nuit tranquille,

Elsa

The Kyiv Independent

jeudi 9 juillet 2026

Comment rendre la terre inhospitalière en peu de temps grâce à Marine

 

L’écologie selon Marine Le Pen ? Tout pour les fossiles et l’agriculture productiviste


Elle veut climatiser le pays et démonter les éoliennes, soutient les énergies fossiles, est muette sur les ravages de l’agriculture productiviste... Anti écologiste, Marine Le Pen défend la fuite en avant vers un monde inhabitable.

Jugée coupable, elle reste malgré tout présidentiable. Finalement, Marine Le Pen sera bien la candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle de 2027, et ce pour la quatrième fois d’affilée.

Malgré sa condamnation en appel, mardi 7 juillet, pour  « détournement et complicité de détournement de fonds publics » à hauteur de 2,8 millions d’euros dans l’affaire des assistants parlementaires européens, la cheffe du parti d’extrême droite a annoncé sa candidature quelques heures après sur le plateau de TF1.

Condamnée à trois ans de prison dont un an ferme aménageable sous bracelet électronique, une amende de 100 000 euros et quinze mois d’inéligibilité effective — une peine qu’elle a déjà effectuée — la députée du Pas-de-Calais peut donc se présenter en 2027. Exit l’option Jordan Bardella, qui en cas de victoire, serait nommé Premier ministre. On ignore toutefois quelle forme prendra la campagne et si la candidate portera bien un bracelet électronique. C’est pour tenter d’y échapper qu’elle s’est pourvue en cassation.

Une chose, en revanche, est certaine : l’écologie ne sera pas au cœur de sa campagne. Si ses propos sur le sujet ont un peu évolué depuis sa prise du parti en 2011, c’est seulement pour gagner en crédibilité et parfaire son image. Bien qu’elle ne remette plus explicitement en cause le consensus scientifique sur l’origine humaine du changement climatique comme elle le faisait encore en 2012 dans Terra Eco, sa vision de l’écologie reste inchangée.

Une « écologie nationale » fondée sur le localisme — qu’elle présente comme un moyen de relocaliser la production, de consommer local et de protéger les frontières — qui sert uniquement à promouvoir un projet nationaliste. Vide de véritable contenu, cette vision n’est jamais accompagnée de propositions précises, chiffrées ni structurantes. Un seul mot d’ordre : s’opposer à « l’écologie punitive »« Son objectif est la défense de l’identité nationale. Elle développe une manière de percevoir la question environnementale à travers ce schéma logique », observait Bruno Villalba, auteur de L’écologie politique en France (éd. La Découverte), en 2022.

Tout pour la clim

Dernier exemple en date avec le fameux « plan clim », la solution magique de Marine Le Pen pour supporter les fortes chaleurs. Évoqué pour la première fois en juin 2025 sur X, il a été remis en avant au moment de la canicule historique du mois de juin.

Sauf que ce « grand plan d’équipement pour la climatisation », censé aider écoles, Ehpad et hôpitaux à faire face aux températures caniculaires, est très flou, jamais détaillé ni chiffré. Aucun député RN interrogé sur le sujet n’a été capable de donner plus de précisions. L’objectif était simplement de dénoncer l’impréparation du gouvernement face aux canicules.

La position peut surprendre alors qu’en 2022 lors du débat du second tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen déclarait vouloir ralentir la transition écologique : « Il faut qu’elle soit dans le temps, beaucoup moins rapide que ce que l’on impose aux Français. »

Rebelote il y a seulement trois ans, quand elle estimait dans Le Journal du dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) avait « toujours été très alarmiste ». En 2012, elle qualifiait même ses membres « de prêtres et d’évêques du changement climatique ».

La climatisation est donc la seule proposition du Rassemblement national en matière d’adaptation des bâtiments au chaos climatique. Marine Le Pen est ainsi opposée au Fonds vert, l’un des principaux dispositifs destinés à adapter le pays avec par exemple la rénovation énergétique des écoles. « Le Fonds vert exclut expressément la climatisation, donc ça me pose un problème. Je pense qu’il y a des structures plus efficaces et plus pertinentes à mettre en œuvre », disait-elle sur France Culture, mercredi 24 juin.

« Démonter les éoliennes »

Et du côté de la baisse des émissions de gaz à effet de serre, la seule solution pour Marine Le Pen, c’est toujours plus de nucléaire. Lors de la campagne présidentielle de 2022, la candidate avait promis une vingtaine de nouveaux réacteurs nucléaires, dont dix dès 2031. Un scénario jugé irréaliste même par les plus ardents défenseurs de l’atome.

Sur les énergies renouvelables, toujours en 2022, elle assurait vouloir la suspension de la construction d’éoliennes et le lancement « d’un grand chantier pour les démonter » — elle estime qu’elles défigurent les paysages français. Tous les experts, notamment le Réseau de transport d’électricité (RTE), s’accordent pourtant à dire que le pays ne pourra pas atteindre la neutralité carbone sans les énergies renouvelables. Elle soutient également un moratoire sur le solaire.

Marine Le Pen et ses troupes entendent surtout maintenir notre addiction aux énergies fossiles. En 2022, elle proposait déjà de revenir sur l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en mer. Depuis de nombreuses années, elle promet aussi d’abaisser la TVA sur le gaz, le fioul et le carburant afin de protéger le pouvoir d’achat des Français. « Cette énergie, c’est un bien de première nécessité, donc l’État doit faire un effort pour ne pas la taxer », répétait-elle sur France Culture fin juin.

« Nous refusons la propagande des gauches »

Pour ce qui concerne le soutien à l’agriculture intensive dopée aux pesticides, Marine Le Pen n’est pas en reste. La loi Duplomb, qui prévoit notamment la réintroduction d’un pesticide interdit de la famille des néonicotinoïdes, a été adoptée par le Parlement le 8 juillet grâce à son vote et ceux de ses députés.

Elle a tout de même fini par soutenir la pétition historique (deux millions de signatures) qui visait à exiger un débat au Parlement... car elle refusait que la propagande des gauches puisse laisser imaginer à nos compatriotes que cette loi menace leur santé et notre environnement », comme elle l’écrivait sur X deux semaines plus tard.

Ces derniers mois, Marine Le Pen a loupé toutes les occasions de protéger la santé et l’environnement des Français. À l’Assemblée nationale, elle a récemment voté pour la loi d’urgence agricole, vivement critiquée pour ses effets dévastateurs sur la biodiversité.

Elle aime les animaux mais est muette sur l’élevage industriel

En revanche, la cheffe de parti était absente lors des votes sur la loi interdisant les PFAS (des polluants éternels dangereux pour la santé), celle visant à réduire progressivement la teneur en cadmium dans les aliments, ou encore celle destinée à financer la recherche sur les cancers pédiatriques. Et à chaque fois, les députés de son parti ont voté contre.

Même logique concernant les animaux. Celle qui ne cache pas son affection pour les chats se dit très sensible à la cause animale. Si elle souhaite accorder une « reconnaissance constitutionnelle au statut juridique des animaux » et renforcer les peines liées aux infractions commises contre ces derniers, elle reste muette sur la régulation de la chasse, l’élevage industriel et la pêche intensive.

En revanche, la députée fait de l’interdiction de l’abattage sans étourdissement (pratique rituelle liée aux cultes musulmans et juifs) l’une de ses priorités. La preuve encore que chez Marine Le Pen, l’écologie ne vise pas à protéger le vivant, mais sert avant tout à défendre un projet nationaliste et identitaire.

On ne va pas vous le cacher : à Reporterre, on est inquiets.
Entre la présence d’un climatodénialiste à la tête de la première puissance mondiale, un gouvernement français qui flirte avec l’extrême droite, des canicules qui s’enchainent dès le mois de mai… Faire vivre l’écologie dans le débat public est un enjeu crucial.

Mais au milieu de la tempête, Reporterre garde le cap.
Nous refusons de céder au sensationnalisme, à la panique et aux raccourcis.
Chaque jour, nous enquêtons, nous expliquons, nous documentons avec une ligne claire : informer plutôt qu’enflammer les esprits.

Chez Reporterre, il n’y a ni actionnaire, ni propriétaire, ni milliardaire : le média est à but non lucratif. Nous sommes financés à 95% par 1,6% de nos lectrices et lecteurs.

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·   Nous pouvons laisser tous nos articles en accès libre pour toutes et tous, sans conditions de ressources.

 

L’écologie selon Marine Le Pen ? Tout pour les fossiles et l’agriculture productiviste